Alors que le salon de l’agriculture et les difficultés du monde agricole font les gros titres de l’actualité, la petite commune rurale de Sautel, en Ariège, s’est mobilisée pour loger ses agriculteurs retraités. Les nombreuses retombées positives sont mesurées à l’aide de la comptabilité universelle. Explications.

Dans un contexte de crise agricole, la construction à Sautel (Ariège, 114 hab.) de logements sociaux visant particulièrement des retraités du monde agricole mérite d’être soulignée et évaluée. Pour ce faire, le cabinet Figuris a recouru à la comptabilité universelle, « une approche qui cherche à intégrer ce qui compte dans la vie de tous les jours, mais n’est pas retenu dans la comptabilité publique », selon Jacques de Saint Front, expert-comptable et président de Figuris.

Des logements sociaux pour garder les anciens au pays

Le projet part d’un constat : les agriculteurs qui arrivent à la retraite « peuvent soit rester chez eux dans des maisons vétustes et inadaptées, soit aller dans un EHPAD souvent lointain », constate Richard Moretto, maire de Sautel. Pour proposer une alternative supplémentaire, la commune a réalisé un premier logement adapté (de plain-pied et accessible aux handicapés) et à prix réduit en 2004-2005, et en a fait réaliser trois supplémentaires depuis.

Ces logements sont habités par quatre couples, d’origine surtout agricole, depuis un an et demi. Avec un budget de 400 000 euros pour les trois derniers logements, Sautel aura bénéficié de prêts avantageux de la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail et de la Caisse des dépôts ainsi que de subventions (MSA, Europe, Etat, région et département), ce qui au final a permis d’équilibrer l’opération.

Juger sur pièces, par estimation et pour réflexion

La Mutuelle sociale agricole (MSA) a donc soutenu le projet. Mieux, elle a mis en avant sa valeur démonstrative en en faisant réaliser une analyse globale relevant de la comptabilité universelle. L’étude, menée en 2014-2015, a débuté par une réunion sur le terrain pour écouter les parties prenantes (maire, MSA, personnes âgées logées, etc.). « Les effets ont été quantifiés sur 20 ans, ce qui correspond à la durée du prêt principal et de l’amortissement des logements », explique Jacques de Saint Front.

Mesurés pour les différentes parties, puis de façon globale pour donner une vue d’ensemble, les impacts ont été divisés en trois catégories : sur pièces, par estimation et pour réflexion. On peut estimer ainsi pour les personnes logées et sur 20 ans les loyers, les économies de chauffage. « L’effet sur le chiffre d’affaires des commerçants en place ou ambulants a aussi été estimé, tout comme les économies réalisées par les personnes âgées qui fréquentent la salle de réunion mise à leur disposition, au lieu de dépenser les 10 euros qu’elles seraient prêts à mettre pour louer une salle », explique Jacques de Saint Front.
Pour la mairie, ce seront des rentrées d’impôts locaux (taxe d’habitation). La méthode donne aussi pour réflexion et par exemple l’économie pour les personnes âgées mais aussi pour la collectivité du fait de résider dans un habitat regroupé moins coûteux qu’un EHPAD.

Avantage de la comptabilité universelle, elle est applicable à tout type de projet d’une collectivité, selon le président de Figuris, « a posteriori pour confirmer que le choix est bon, ou a priori pour justifier d’une rentabilité suffisante du projet pour l’Etat, la collectivité locale et les citoyens ».